La saisie spectaculaire de stupéfiants à l’Aéroport international de Douala a été présentée comme un coup de maître des autorités camerounaises. Images fortes, présence du ministre des Finances, déclarations martiales : tout y était pour frapper l’opinion. Mais au-delà de l’effet d’annonce, une question centrale agite les milieux politico-économiques : cette opération a-t-elle servi à détourner l’attention d’un autre dossier explosif, celui du contrat SGS au Port Autonome de Douala ?
Une saisie massive chiffrée aussitôt détruite facilement.
Les éléments confirment l’ampleur de l’opération. Au total, 2 491 kilogrammes de drogue ont été saisis le 20 février 2026 à l’Aéroport international de Douala, puis détruits le 24 février sous la supervision du gouverneur du Littoral, Dieudonné Ivaha Diboua.La commission de destruction a officiellement recensé :1 057 kg de cocaïne;1 434 kg de tramadol, équivalant à 27 millions de comprimés dosés à 225 mg. La valeur marchande globale est estimée à près de 50 milliards de FCFA, ce qui en fait l’une des plus importantes saisies de stupéfiants jamais réalisées sur le sol camerounais. Chose surprenante, ce stock important de drogue a été détruit avec une vitesse d’exécution qui questionne. Si bien que les observateurs avertis de l’opinion publique s’interrogent sur la célérité avec laquelle une opération aussi grave que marquante en terme de drogue s’est faite. Es ce que le gouvernement a pris le temps qu’il faut pour enquêter sur le fait, a démantelé tout le réseau et établir un lien avec les États impliqués dans ce dossier. Sauf si ce n’est pas une technique connue pour tuer une actualité dont le procédé a été découvert et la destruction de ce stock de drogue serait la seule méthode pour faire disparaitre les preuves. En tout cas cette opération suspecte soulève tant de questionnements.
Une communication d’État parfaitement scénarisée
Sur le terrain, le ministre des Finances Louis Paul Motaze, le Directeur général des Douanes Fongod Edwin Nuvaga et le ministre de la Santé publique Manaouda Malachie ont personnellement supervisé la présentation de la cargaison interceptée. La mise en scène était claire : montrer un État vigilant, efficace et implacable face aux trafics internationaux. La Direction Générale des Douanes a occupé l’espace médiatique avec une communication offensive, insistant sur l’ampleur de la saisie et sa portée sécuritaire.
Mais dans les cercles politico-économiques, cette séquence médiatique est loin d’être perçue comme anodine. Quand on sait la bataille qui est livrée pour prendre le contrôle du principal port autonome du Cameroun. Celui de Douala Bonaberi.
Le télescopage troublant avec l’affaire SGS – PAD
Au moment précis où la communication autour de la saisie prenait de l’ampleur, un autre dossier brûlant agitait l’opinion : l’affaire du contrat liant le Port Autonome de Douala à la société SGS. Et l’actualité lié aux prochaines échéances électorales à nouveau prorogé par le chef de l’Etat lors de son adresse à la nation le 11 février dernier. Le sujet lié au scandale éventré du scandale du contrat de scanning au port reliant le gouvernement camerounais et la société SGS. Un dossier aux ramifications financières, juridiques et politiques sensibles, portant notamment sur la gestion des flux portuaires et douaniers.
Pour plusieurs observateurs, la médiatisation intense de la saisie de drogue apparaît comme une opération de communication visant à reprendre le contrôle de l’agenda public et à diluer l’attention portée à ce contrat stratégique. Pendant que l’opinion commentait les tonnes de stupéfiants interceptées et leur destruction spectaculaire, le débat sur les implications économiques et institutionnelles du contrat SGS s’est progressivement estompé. Une coïncidence que certains analystes jugent difficile à admettre.
Des zones d’ombre persistantes malgré les chiffres
Si les volumes saisis et détruits sont désormais clairement établis, plusieurs interrogations demeurent. Les autorités n’ont que peu détaillé :les destinataires finaux de la cargaison ; les circuits logistiques internationaux empruntés ; les responsabilités exactes dans la chaîne d’acheminement.
Plus troublant encore, aucune annonce majeure n’a été faite concernant d’éventuelles sanctions contre les compagnies impliquées dans le transport de ces substances, ni sur d’éventuelles suspensions de lignes pour les besoins de l’enquête. Jusqu’ici aucun responsable n’a été présenté comme propriétaire de cette cargaison.Un silence qui contraste avec l’ampleur du feuilleton médiatique initial.
Une stratégie classique de gestion de l’opinion ?
Dans les stratégies de communication gouvernementale, il n’est pas rare de mettre en avant des opérations sécuritaires spectaculaires pour réorienter l’attention du public lorsque des dossiers économiques sensibles menacent d’entamer la crédibilité des décideurs.
La séquence observée à Douala semble correspondre à ce schéma : forte exposition médiatique d’une opération consensuelle de lutte contre la drogue au moment même où un scandale contractuel impliquant des intérêts économiques majeurs suscitait interrogations et crispations.
D’autant plus que, dans la foulée de cette agitation médiatique, certaines décisions du ministère des Finances sont intervenues dans un climat qualifié de « cafouillage » par des acteurs économiques, renforçant l’impression d’une gestion précipitée et peu lisible du dossier SGS.
Entre lutte réelle contre le trafic et instrumentalisation politique
Il serait réducteur de nier la portée sécuritaire de cette saisie, qui constitue indéniablement un succès opérationnel pour les services douaniers camerounais. Les quantités record interceptées et détruites témoignent d’une activité réelle de lutte contre les réseaux de trafic international. Mais la question centrale reste celle de l’usage politique et communicationnel de cette opération.
En mettant fortement en avant cette séquence spectaculaire, certains membres du gouvernement donnent le sentiment de privilégier l’effet d’annonce à la clarification des enjeux économiques structurants. Une posture qui nourrit, dans l’opinion, l’idée d’un possible « enfumage » médiatique destiné à occulter des interrogations plus sensibles sur la gouvernance des grands contrats publics.
Une opinion publique de moins en moins dupe
Aujourd’hui, l’opinion camerounaise observe avec acuité les enchaînements de l’actualité. La concomitance entre la mise en scène de la saisie de 2,491 tonnes de drogue à Douala et l’intensité des débats autour du contrat SGS avec le PAD alimente une lecture politique de cette séquence. La question demeure : s’agit-il d’une simple opération sécuritaire légitimement valorisée par la communication gouvernementale, ou d’une stratégie assumée pour détourner l’attention d’un dossier économiquement et politiquement explosif ?
Dans tous les cas, une chose est sûre : dans un contexte de gouvernance scrutée de près, la gestion de l’agenda médiatique devient elle-même un acte politique, révélateur des priorités et des fragilités du pouvoir exécutif. Mais la destruction rapide de ce stock important de spécifiant laisse plus de doute auprès de l’opinion et renforce l’idée d’une mafia à la haute sphère de l’État avec les ramifications ailleurs. Vivement qu’une enquête soit ouverte par le président de la république pour ce dossier et celui de la SGS pour rétablir la confiance de l’État auprès de son peuple.
Dossier de la rédaction










